Comme un air de rentrée

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Comme un air de rentrée

Comme chaque matin, elle rejoint sa petite boutique, elle est antiquaire. En ouvrant la porte, elle sent comme un air différent, mais cela semble normal en ce premier jour de rentrée. Mais pourtant, non, on dirait bien autre chose, elle ne sait quoi. Elle fait tout ce qu’elle fait lorsqu’elle rentre dans sa brocante, puis ramène les cartons de l’arrière boutique dans lesquels se trouvent de belles majoliques reçues récemment. Elle les dispose joliment et s’apprête à poser un plat empli de raisins décoratifs sur la table, quand la clochette de la porte d’entrée retentit. Surprise, le plat s’échappe de ses mains et s’éclate de mille morceaux sur le sol, laissant courir son contenu. Elle est pourtant habituée.

Agacée par sa maladresse, et après avoir regardé impuissante le résultat de sa bêtise elle pose les yeux vers la cause de son carnage. En un instant, elle se sent happée par son coeur, qui l’emmène dans une contrée qu’elle aime mais redoute, où tout est aporie… la foudre s’est  abattue sur elle. Il est là, cet étranger, d’une beauté sans tâche, le regard séducteur et impertinent mais aussi sensible et bienveillant. Ce n’est vraisemblablement pas un gigolo de bas étage, non non. Son instinct le lui souffle. Elle prend une grande inspiration comme pour faire fuir sa timidité qui l’envahit soudain et lui sourit niaisement, lui semble t’il.

Après avoir formulé les politesses habituelles, il s’approche et commence à ramasser les petits morceaux éparpillés. Malgré qu’elle s’y oppose, il  continue tout en lui expliquant que s’il n’était pas rentré à cet instant, rien de tout cela ne se serait produit. Tous deux se retrouvent alors agenouillés pour réparer les dégâts. Cette attitude courtoise, se dit-elle, est réellement charmante et l’euphorie la gagne. Elle se demande bien pourquoi a t’elle tant d’exagération dons son comportement, “ressaisis-toi Clémentine, que t’arrive t’il ?”.

La distance se rétrécit entre eux, comme aimantés l’un à l’autre. Jusqu’à ce qu’ils n’aient plus la force de dominer cette attraction, les voilà enlacés s’embrassant avec passion. Les archets s’affolent dans sa tête, et lui jouent une musique envolée. Elle se sent paradoxalement emmurée dans cette fougue, éperdue, prisonnière de son désir profond, mais aussi comme libérée de toute inhibition, sur des charbons ardents de douceur, les prémisses de l’amour. Le plaisir est intense, tous deux succombent alors à la tentation charnelle qui les enivre de tous leurs sens, après avoir, dans leur danse amoureuse, refermé la porte.

Cette parenthèse est magique, inattendue, sincère, inévitable. Une péripétie prometteuse, Clémentine en est convaincue. Ils se reverront.

Ceci est ma participation à la reprise de “Des mots, une histoire” jeu d’écriture organisé par Olivia. Le but étant d’écrire un texte à partir de mots imposés, le reste étant libre. Les mots : distance, parenthèse, éperdue, instinct, emmurer, aporie, gigolo, archet, charbon, force, exagération, rentrée, inspiration, euphorie, sensible, attitude, majolique, étranger, péripétie, raisins, impertinent.

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