Implosion

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Implosion

La portière se referma, il partit en trombe la laissant sous la pluie, dans la nuit, non loin de l’hôpital, le lieu de travail de Louisa. Elle voulait hurler, crier, pleurer mais tout ce qu’elle put faire c’est rester planter là, prise dans cet univers de tragédie, de détresse. Elle se recroquevilla, toujours debout, la tête posée sur ses genoux, regardant au loin, en direction de la retraite de son prédateur. Elle se sentait comme dans un brasier, les flammèches virevoltants au dessus d’elle, autour d’elle, la pluie continuant de tomber de plus en plus fort mais impuissante face à ce feu si intense. Elle se consumait de l’intérieur, de l’extérieur, la douleur était partout, faisant tordre cette brindille à son paroxysme. Louisa n’était alors plus qu’un mollusque, incapable de bouger, transie de peur et à saturation de l’horreur. Elle était sale comme une huppe, le blanc de sa robe avait tourné au gris jaunâtre, souillée de son urine.

Louisa avait pourtant pensé que ce serait fabuleux. Cet homme était si élégant, si séduisant, si gentleman… enfin c’est ce qu’elle avait cru. A l’évidence elle s’était bien trompée, son instinct n’avait pas été le bon. Il l’avait tout d’abord approché pour l’enquiquiner subtilement, avec intelligence et d’une manière charmante. Elle avait aimé sa façon de la titiller, de la chicaner, c’était comme un jeu du chat et de la souris, c’est ce qu’elle trouvait toujours amusant, attachant et plaisant dans ce rituel de la séduction. Elle n’appréciait pas les hommes qui ouvertement montraient leur intérêt, préférant ceux qui jouaient à finasser, ruser. Il était époustouflant de culture. Elle avait passé des heures à l’écouter et échanger avec lui, finissant par partir de la soirée en sa compagnie, naïvement confiante, une nouveauté pour cette femme de nature pourtant difficile et suspicieuse.

Elle fut tout d’abord surprise par sa collection impressionnante qui était en évidence dans son salon. Elles sentait tous ces regards sur elle, elle était très mal à l’aise assise sur le sofa, attendant qu’il revienne avec deux verres de vin. Ces statuettes, représentant toutes des femmes, étaient toutes différentes et étranges. Elles semblaient pourtant avoir une similitude mais Louisa ne savait pas très bien laquelle, cela lui échappait sur l’instant. Il planait dans cette pièce quelque chose qui la rendait vraiment soucieuse. Quand il réapparut elle sursauta, l’attente étant glaciale. Il vint auprès d’elle, lui sourit et dans un geste vif la frappa, elle s’affala brusquement sur le sol, inconsciente.

Lorsqu’elle rouvrit les yeux elle était attachée, le début de son calvaire ne faisait que commencer. C’est alors qu’elle sut pourquoi les statues l’avaient dérangée et glacée… Toutes étaient nues et toutes étaient les mains et pieds liés, c’était pourtant frappant, elle aurait du fuir.

Ceci est ma participation au jeu d’écriture « Des mots,une histoire » chez Olivia, récolte 76, les mots imposés : huppe, finasser, univers, flammèches, enquiquiner, saturation, évidence, époustouflant, attente, rituel, collection, hôpital, qui, nouveauté, mollusque, fabuleux, retraite, tordre, chicaner, blanc, portière.

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