La déchirure, le néant… l’espoir

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La déchirure, le néant… L’espoir

Pas d’effusions entre eux, il fallait se rendre à l’évidence, ils n’étaient pas de ceux-là, ceux qui se regardent avec tendresse, qui se prennent dans les bras pour se confier leur sentiment, qui posent une main sur l’épaule par compassion. Leur relation avait toujours été simple, honnête, vraie, mais sans épanchement de quelque nature qu’elle soit. En outre, la prison leur avait absorbé le peu de marques d’affection qu’ils possédaient, et les avait rendus totalement introspectifs, inhibés et introvertis. Elle les avait brisés, les avait éloignés, deux âmes errantes dans la même tragédie. On leur avait enlevé tout ce qui fait de l’homme un humain, humain au sens d’humanité, l’empathie, les sentiments, l’amour.

On leur avait volé une partie de leur vie. Ils avaient été accusés de ce qui se fait de plus sordide dans la vie à leur sens et s’étaient retrouvés dans les miasmes, affublés de la putride déviance humaine, celle qu’on abhorre. Leurs gorges s’étaient nouées lorsqu’on était venu les chercher, et serrées de plus en plus, jusqu’à se sentir étouffés, à l’annonce de la raison de leur incarcération. Entendre ces mots à ce moment, être désignés comme des criminels perverses et ils se retrouvèrent, l’un et l’autre, acteurs d’une vie qu’ils ne maîtrisaient plus, qui n’était plus la leur, incarnés par le diable en personne.

Jusqu’au dernier jour de leur existence, ils auront en eux de gravée cette pensée qui a été possession de beaucoup de personnes, voir de tout le monde à leur égard, cette pensée qu’ils sont des horreurs de la nature, des gens indignes de vivre, des gens indignes de partager, des gens indignes de procréer, des gens indignes d’aimer, des gens indignes d’être.

Alors comment vivre désormais ainsi ?! Même si votre honneur a été lavé, même si vous avez été reconnus victimes d’erreur judiciaire, vous n’avez plus loisir à déambuler dans les rues sans sentir sur vous ces regards pesants et soupçonneux…  eh oui, on n’est jamais si sûr finalement ! Trois longues années à avoir une étiquette sale et nauséabonde collée sur vous, que vous n’arrivez à ôter malgré vos cris de désespoir et de désolation. Personne pour venir visiter les monstres, les pourritures, les détritus de la société. Tout ce qui était beau est devenu moche, les murs pisseux et salis, les cafards, l’eau claire et pure est devenue saumâtre et noirâtre. Le regard dans le miroir n’est plus, les douches intimes ne sont plus, et sont synonymes de calvaire, de douleur. On vous méprise, vous annihile. Vous n’êtes plus qu’une vieille loque… Qu’est-ce qui vous retient alors à la vie ? Pourquoi continuer à s’infliger cette horreur et ce déshonneur ? L’espoir peut-être.

Elle se leva, alla vers la cuisinière et se servit un thé. Il la regardait, les yeux vides, l’esprit ailleurs. « Tu en veux un ? » lui dit-elle. Ils ne s’étaient pas adressés la parole depuis voilà 10 mois qu’ils étaient « libres ». Il se leva à son tour, la rejoignit, la prit dans ses bras…. et pleura. L’espoir…

Ceci est ma participation au jeu d’écriture « Des mots, une histoire » organisé par Olivia, récolte 81, avec de nouvelles règles que vous pouvez aller découvrir en cliquant ICI. Les mots imposés : Pensée, visiter, vieille, trois, désigner, simple, eau, beau, connaître, miasmes, gorge, entendre, loisir, cuisinière, moment, être (verbe), effusions, dernier, se rendre, prison, acteur.

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