A l’heure de s’y retrouver

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A l’heure de s’y retrouver

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Il fallait absolument qu’Edouard s’y rende ou bien il la regretterait certainement, l’occasion ne se représenterait peut-être pas. C’était LE jour, son jour. Elle était actuellement l’objet de toutes ses rêveries, ses insomnies, de sa convoitise. Ses balbutiements répétés dès lors qu’il se trouvait en sa présence, ses mains moites, son coeur qui s’affolait, son sourire empli de béatitude, trahissaient son intérêt. Il restait généralement planté là, même après qu’elle fusse partie, comme si la terre s’était arrêtée de tourner et que tout fonctionnait au ralenti, son cerveau y compris.

Mélissa lui avait dit de venir le lendemain après 19h à la fac, juste à la sortie de son cours d’anglais, sur le parking principal. Il ne savait pas de combien de temps il disposerait avec elle ni les détails, le message était bref mais peu importe, l’envie était si forte et il savait qu’il n’avait pas de questions à se poser.

Il avait donc annulé un rendez-vous important, prévu par manque de chance à cette heure là, sans possibilité de report. Son obsession était telle que ce n’était pas un problème pour lui d’agir ainsi. Certains imprévus prévalent sur le reste et là, c’était le cas. Des cauchemars hantèrent son esprit cette nuit-là tant l’appréhension et l’impatience le dominèrent. Mais aucune raison ne pouvait l’empêcher de courir à la conquête de son idée fixe.

Edouard était en avance, l’air était glacé en cette période hivernale. Bien qu’il fut transi par le froid, les membres ankylosés, l’excitation le réchauffait peu à peu, ou bien alors c’était ses petits sautillements rythmés, à bien y réfléchir. A chaque seconde il l’imaginait avancer vers lui, comme la première fois qu’il l’avait vue, éthérée dans sa robe noire satinée, le regard lumineux, aucunement intimidée par la foule.

Quand il la vit elle était toujours aussi magnifique, éblouissante, ses courbes sensuelles et provocantes. La seule idée qui lui traversa alors l’esprit était de la chevaucher le plus vite possible. Il s’en sentit honteux, se disant qu’il pouvait au moins penser, en premier lieu, à pratiquer les us et coutumes requis en telles circonstances, à savoir la bienséance, en plus clair un bonjour suffirait.

Lorsque Mélissa lui tendit le casque rose bonbon il fut soudainement saisi d’une hilarité caustique non dissimulée et incontrôlable. Son attitude discourtoise eut un retour immédiat. Elle lui fit comprendre alors que si le principe de sécurité ne le satisfaisait pas il pouvait bien aller vaquer à ses occupations, autrement dit elle le remit à sa place d’une façon acerbe. Penaud, il prit le casque, l’enfila et fit de son mieux pour lui démontrer son contentement, le sourire vissé aux lèvres.

Il enfourcha avec diligence le V Max, tourna la poignée pour faire gronder le moteur, non sans manque de vigueur mais avec délicatesse et respect, maîtrisant son impétuosité, puis fila, relié enfin à son désir profond assouvi de dompter le cheval d’acier. Sur le périphérique désert et à la lueur vespérale, le froid glacial l’avait anesthésié de manière favorable si bien qu’il ne sentait plus qu’un simple vent frais lui caresser le visage. Il jouissait alors de ce plaisir virginal sans retenue, comme dans ses rêves. De deux ils ne faisaient plus qu’un. Il l’avait apprivoisé, elle l’avait corrompu.

Ceci est ma participation au défi d’écriture n°84 « Des mots, une histoire » proposé par Olivia. Les mots imposés : cauchemar, ou, conquête, problème, frais, objet, mais, hilarité, jour, relier, fois, rester, glacé, mieux, période, fac (faculté), deux.

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