Janine Boissard – Laisse-moi te dire

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laisse moi te dire

Biographie : 

Janine Boissard, née le 18 décembre 1937 à Paris, est une femme de lettres française, auteur notamment de L’esprit de famille, en plusieurs tomes, ainsi que d’autres romans, et d’une autobiographie: Vous verrez… vous m’aimerez. À 22 ans, elle publie son premier roman sous son nom d’épouse Janine Oriano : « Driss », qui connaît le succès. Elle a également écrit plusieurs scénarios pour la télévision et le cinéma.

Quatrième de couverture : 

Il y a des hommes qui souffrent. Qui parle d’eux ?

Il y a des femmes qui pratiquent le renversement des rôles…

Il y a des enfants sans repères : qui est papa ? qui est maman ?

En épousant Gabrielle, Jean-Charles ignore qu’il sera bientôt confronté, lui et ses enfants, à une femme blessée qui s’est juré qu’aucun homme ne l’aura jamais.

Que deviendrait Jean-Charles sans la douce Marie ?

Connue pour sa défense de la famille, Janine Boissard ose écrire ce que le prêt-à-penser interdit de dire : en imitant les hommes dans ce qu’ils ont de plus brutal, certaines d’entre nous mettent le couple en danger. Non, l’homme et la femme ne sont pas pareils. Oui il serait temps, après avoir beaucoup déconstruit, d’accepter nos différences et d’aller de l’avant. Ensemble.

Mon avis :

Jean-Charles et Gabrielle. Ils se rencontrent sur les bancs de l’école supérieure. Lui venant d’une famille soudée et aimante. Elle, une enfance solitaire, sa mère décédée lorsqu’elle avait 4 ans et un père peu présent à cause de ses voyages d’affaires. Gabrielle est une femme qui a décidé d’être forte et de ne pas se faire dominer par un homme. Elle en veut à son père, elle est en colère, haineuse, et le rend responsable de la mort de sa mère : « La longue maladie de ma mère, c’est lui. En la privant de Conservatoire pour en faire une potiche à son service, il l’a tout simplement dévorée ». Mais sait-elle la vérité ?

Dès le début de leur relation c’est elle qui prend les choses en main et qui ne laisse véritablement pas de choix à Jean-Charles. Elle a décidé de leur mariage, elle a décidé de leurs enfants, elle décide de tout, lui subit.

Petit à petit, on voit un homme être de plus en plus malheureux et méprisé par sa femme, jusqu’à ce qu’elle parle de lui comme si il n’était pas là « l’autre », « celui-là ». Elle n’a aucune considération pour les hommes, ne les aime pas en réalité. Elle ne comprend pas les femmes qui font le choix de s’occuper de leur famille et de ne pas faire carrière. Elle pense qu’elles sont toutes soumises à l’homme, comme l’a été sa propre mère selon elle, et ne veut pas croire en un choix profond et personnel. Elle rabaisse et méprise toute personne qu’elle ne juge pas forte, par ses choix de vie, y compris son amie Marie, qui se sacrifie à sa famille d’après elle, une fois de plus. Ce qui est une erreur, c’est seulement le choix que cette dernière a fait, en son âme et conscience, mais Gabrielle ne le comprend pas. Elle a toujours autant de colère vis-à-vis de son père, un père qui tente, tant bien que mal, a être un bon grand-père. Il ne voit d’ailleurs ses petits-enfants qu’avec son gendre, gendre avec qui il a de bons rapports, ne croisant que rarement sa fille.

Jean-Charles, un homme désemparé, qui ne sait répondre aux questions de son fils, qui ne sait voir ce qu’il faut voir, qui est aveugle, mais qui va finir par entrevoir la réalité, peut-être même plus, peut-être pas…

Leurs deux enfants, un garçon et une fille, vont subir la relation de leurs parents, une relation qui se délite et se meurt peu à peu. Jusqu’au jour où…

Mais toutes ses croyances et ses aspirations sont-elles fondées sur une réalité ? Découlent-elles de ce qu’elle a  voulu rêver, de ce qu’elle s’est imaginé ou est-ce bien là la vérité ?

Que va devenir Jean-Charles ? Supportera-t-il encore longtemps la méprise et la domination de sa femme, et bien plus encore… ? Et Marie ? Que fait-elle ? Que veut-elle ? Comment vont vivre les enfants ? Tant de questions auxquelles vous pourrez répondre en lisant ce roman.

Un livre poignant, tendre, émouvant, triste, désolant, mais aussi plein d’espoir. Un personnage antipathique, un autre attachant… Des idéologies opposées, des chemins de vie différents, des mauvais choix etc.  Comment peut-on se faire souffrir autant, malgré nous ? Jusqu’où peut-on aller pour ne pas souffrir ? Jusqu’où peut-on aller pour protéger quelqu’un ?

L’histoire est d’autant plus prenante que le narrateur est Jean-Charles lui-même, Jean-Charles qui s’adresse à sa femme, comme si il lui parlait.

Un style fluide, poétique. J’ai beaucoup ressenti que c’était une femme qui écrivait, par sa délicatesse et des sensations décrites de manière très féminines, bien que ce soit dans ce récit un homme qui subit et une femme qui domine. J’ai eu énormément de peine pour cet homme, ainsi que pour ses enfants, en particulier son fils qui ne comprend pas sa mère. Je trouve aussi que c’est intéressant de faire un ouvrage qui porte cette fois sur la soumission d’un mari et non d’une épouse. Cela permet de se rendre compte que les  hommes aussi peuvent être sous l’emprise d’une femme et en souffrir, de réaliser jusqu’où peut aller une femme par haine des hommes.

Je ne peux que vous conseiller ce livre qui est touchant, sensible, fin et bien écrit.

citations :

« L’amour, Gabrielle, c’est  cette lumière vive qui subsiste après les roulements de tambour, les éclairs aveuglants de la passion. Le sexe, le plaisir que l’on se donne, y participe en créant la splendide illusion que deux êtres peuvent n’en faire plus qu’un. Alors la solitude se brise, durant un bref instant, la vie ne fait plus peur, on a rejoint, dans son odeur même, la respiration de la mer. Cette lumière vive se transforme au fil des ans tout en restant, pour certains, indispensable, comme la veilleuse qui éloigne la mort dans un coin de la chambre d’enfant. Elle peut aussi connaître des baisses de tension. »

« Ma soeur m’a adressé un clin d’oeil malicieux : la féministe convaincue constate que nous avons encore du pain sur la planche pour parvenir à l’égalité avec les bonhommes. Inutile de te dresser la liste des doléances, tu la connais mieux que moi. Mais, lorsqu’elle entend des enragées propager cette autre connerie, à savoir que le cerf et la biche seraient pareils, la sociologue pense qu’elles nous envoient dans le mur. Allez, on assume nos différences et on avance du même pas au lieu de se tirer dessus. Paix avec les hommes de bonne volonté, mon frère. Et guerre sans pitié avec ceux qui, sous d’autres cieux, traitent les femmes pire que du bétail et s’amusent à les lapider au moindre écart, quand ils n’en font pas un feu de joie. »

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