Jim Grimsley – Les oiseaux de l’hiver

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les oiseaux de l'hiver

Biographie :

Issu d’une famille tourmentée d’agriculteurs de Pollackville, Caroline du Nord, appartenant au monde des « Petits Blancs » du Sud des États-Unis, Grimsley dit, en évoquant sa jeunesse, que « pour nous dans le Sud, la famille est le terrain où la folie pousse comme les mauvaises herbes ». Après s’être installé à Atlanta, il y devient pendant presque vingt ans secrétaire au Grady Memorial Hospital avant d’enseigner à la faculté d’écriture créative de l’université Emory. Pendant cette période, Grimsley écrit abondamment et quatorze de ses pièces de théâtre sont produites entre 1983 et 1993.

Ses premières tentatives dans le roman ont moins de succès. Winter Birds (Les oiseaux de l’hiver – 1984) est rejeté pendant huit ans car les maisons d’édition américaines le considèrent comme « trop sombre » jusqu’à ce que le roman soit finalement publié par un éditeur allemand. Il doit attendre encore deux ans avant de paraître dans sa langue originale. Le roman suscite alors l’intérêt : il reçoit le prix « Sue Kaufman » de la première œuvre de fiction de l’Académie américaine des arts et des lettres et est finaliste de la sélection du « Prix PEN/Hemingway ». En 1992, il avait publié Comfort and Joy (Confort et Joie) où le lecteur retrouve le héros des Oiseaux de l’Hiver, dont la traduction française parue aux Editions Métaillé en 1995. Il en publia une version révisée et réduite, en 1999, finalement moins intéressante. Suivent en 1995 Dream Boy qui reçoit le « Stonewall Book Award », My Drowning (L’enfant des eaux – 1997) qui remporte le Prix « Lila Wallace » des écrivains du Readers Digest.

Puis il écrit le roman de fantasy-fiction Kirith Kirin qui remporte le Prix de Littérature Lambda, pour le meilleur roman de science-fiction ou de fantasy gay de l’an 2000. La suite de ce roman paraît sous le titre de The Ordinary. Enfin paraît en 2002 le roman Boulevard où le Sud des États-Unis sert encore une fois de toile de fond aux aventures d’un jeune homme quittant sa campagne pour la grande ville, La Nouvelle-Orléans.

Les romans de Jim Grimsley sont dans une large mesure autobiographiques et l’on y retrouve certaines des caractéristiques principales de l’auteur, dont l’enfance difficile, l’homosexualité et l’hémophilie. L’œuvre de Grimsley mêle de manière apparemment paradoxale violence et noirceur, tendresse et poésie, mais surtout elle suscite avec force l’émotion du lecteur.

Quatrième de couverture :

Dans les années soixante, la famille de Danny va de maison en maison à travers le sud des Etats-Unis, au gré du travail ou du chômage du père.

Dans un monde archaïque de petits blancs, le narrateur adulte accompagne l’enfant qu’il a été entre maladie et violence familiale jusqu’au drame de ce jour de Thanksgiving où tout bascule dans le cauchemar.

Jim grimsley, dans le paroxysme de cette histoire digne d’un autre âge, nous rend sensible le monde de l’enfance, même dans les instants les plus noirs de la vie. On ne peut arrêter le sang mais il y a le sourire et la belle robe rouge de la mère. Le père est armé d’un couteau mais il y a les frères et l’amour de la mère prête à tout pour défendre sa famille. La peur est là mais il y a le froid des flocons de neige sur sa langue, il y a surtout l’Homme de la rivière et le monde sans limites du rêve.

Mon avis :

Un livre fort en émotions. L’écriture de Jim grimsley est telle qu’on ressent avec une grande intensité toute la tristesse, la noirceur de cette vie familiale totalement hideuse et violente, à cause d’un père excessivement jaloux, alcoolique, méprisant, acharné, violent, écoeurant et sans doute aigri par l’accident de travail qui lui a ôté un bras. Une femme totalement sous l’emprise d’un mari fou, souhaitant par dessus tout protéger ses enfants, qu’elle aime d’une force inébranlable.

Une famille qui déménage souvent, une famille pauvre, une famille meurtrie, une famille dont le bien-être dépend des humeurs d’un père, bien-être qui s’amenuise au fil du temps…

Toute la détresse de ces victimes emprisonnées dans cette vie misérable est ici mis en lumière avec violence, poésie et grandeur. C’est paradoxal mais on assiste à des descriptions magnifiques à côté d’une situation abjecte. Cela s’explique par les fuites dans un monde imaginaire onirique que s’invente Danny, l’un des enfants, qui est ici « racontait » par le narrateur. On vit avec lui toutes ses scènes de violence, de terreur mais aussi toutes ses échappées dans ses rêveries, d’une très belle poésie.

Un enfant désemparé, triste, peiné, terrorisé qui a abdiqué et subit mais rêve « Quand tu laisses aller ta tête et que tu fermes les yeux tu voudrais voir la rivière, les arbres qui se courbent et se redressent, tu veux rêver que tu n’as plus de famille, qu’ils sont tous morts, mais tu demeures prisonnier de cette maison. Tu ne réussis pas à fabriquer un rêve aussi réel que le réel mais tu ne peux non plus rester assis, immobile. Tu ne veux pas être dans cette pièce quand ton père rentrera. »

« Dehors les rafales de vent froid sont comme du feu, des langues brûlantes te lèchent la peau. La neige s’avance sous le porche, en festons blancs sur le ciment  gris. Le vent fait tournoyer les flocons et résonner des notes creuses dans les arbres. Les nuages s’épaississent, le soleil est une tache claire, même pas un disque. (…) Dans la cour les flocons voltigent au-dessus de l’herbe sèche. Tu les imagines se heurtant, les douces brisures silencieuses autour de toi, mais quand tu goûtes un flocon, sur ta langue sa fourrure glacée, tu es content de sentir que c’est trop mou pour se briser, tu comprends que les flocons de neige sont si légers qu’ils s’amassent sans dommage, les uns contre les autres. »

L’auteur sait faire durer un suspens parfois insoutenable tant on a peur de ce qui peut arriver, c’est le cas lors d’une poursuite du père après la mère. On perçoit avec réalisme la terreur qui s’empare de la mère ainsi que de ses enfants, et le parfait sang-froid du père.

Je ne souhaite pas en raconter plus ce serait inutile. La biographie en dit suffisamment également : « L’œuvre de Grimsley mêle de manière apparemment paradoxale violence et noirceur, tendresse et poésie, mais surtout elle suscite avec force l’émotion du lecteur. »

J’ai cependant était dans l’expectative en fin de livre, me disant que je n’étais pas sûre de ce que j’avais compris. j’ai mieux cerné cet état en réalisant que c’est un livre issu d’une trilogie, le premier. J’ai donc à lire ensuite Confort et joie et L’enfant des eaux. J’y trouverais sans doute mes réponses.

Un ouvrage donc très bien écrit mais d’une grande tristesse et noirceur. C’est un bon livre.

Cette lecture compte parmi mes challenges Quatre saisons chez NadaelTOTEM chez Liligalipette et Lire sous la contrainte chez Philippe.(troisième session, thème : saisons, mois, limite 23 décembre 2012)

Lili Galipette Challenge TOTEM

totem

lire sous la contrainte

Challenge des quatre saisons

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