Pour l’amour des siens

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Pour l’amour des siens

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Cet instant serait à jamais gravé dans sa mémoire. Bien qu’elle soit petite, Fatou évaluait très bien la signification de ce qui se passait, jamais elle ne le reverrait, c’était certain. Elle s’agrippait à sa mère le plus qu’elle pouvait de peur qu’on ne l’arrache à elle, elle aussi. Elle était terrifiée, son regard meurtri de peine et d’impuissance marqué son visage. Des larmes, des sanglots avaient dévalé ses joues rondes et chaudes, ne restait désormais plus qu’un mince ruisseau sur son bras.

Salima avait été obligée de se séparer de lui, n’ayant pas assez pour nourrir toute sa famille. Il pourrait travailler et manger à sa faim, et peut-être les aider eux-aussi par la suite. C’est comme cela qu’elle essayait de se convaincre qu’elle avait fait le bon choix, c’est ce qu’on lui avait dit. Il aiderait un homme, un pêcheur qui ne peut être seul pour s’en sortir, c’était merveilleux pour elle de savoir cela, il sera là pour sauver quelqu’un. Mais son coeur saignait, et elle pleurait en silence son enfant, son bébé qu’elle aimait tant et qu’elle aimerait toujours. Son ignorance ne pouvait la faire se rendre compte que son enfant était devenu dès lors un esclave, elle ne savait pas ce que c’était. On venait souvent dans sa brousse proposer aux femmes de l’argent pour nourrir la famille en échange de l’aide des enfants au travail du pécheur. Il serait nourri et logé, leur disait-on. Et cette offrande pécuniaire ne pouvait pas être refusée, ils en avaient tant besoin.

Mais chaque jour le petit Moussa plongeait dans l’eau dès l’aube et jusqu’au crépuscule pour détacher le filet qui se prenait régulièrement dans des roches. Il était épuisé, transi de froid, et ne dormait que très peu, trop peu pour récupérer de cette fatigue. il y allait tous les jours sans exception, jusqu’à l’épuisement, pendant que son « hôte » fumait la pipe sur la barque. Il n’avait que 5 ans, et travaillait déjà plus dur que bien des adultes. On le faisait dormir à même le sol sur la terre rude et poussiéreuse, et ce n’était qu’un maigre croûton de pain et des restes de poissons abîmés par les hameçons, qui étaient invendables et complètement déchiquetés, qu’il mangeait avec voracité une fois par jour, lorsqu’il mangeait… Il buvait cette eau tiède qui lui tordait les boyaux, mais il n’avait que ça et il dépendait d’elle pour sa survie. Mais son « hôte » était bien obligé de lui remplir quelque peu l’estomac si il voulait le conserver, quoiqu’il pouvait en avoir d’autres, des tous jeunes et dans la force de l’enfance pas encore usée. Mais bon… C’était quand même pas donné…

Il trouva son échappatoire, sa délivrance, auprès de cet homme, ce Dieu vivant. C’était un Monsieur qui venait « racheter » les enfants auprès des pêcheurs et les ramener à leur famille. Le plus dur était d’expliquer à ses femmes la réalité des évènements et de convaincre les pêcheurs de ne plus aller chercher ces enfants. Une association lui permettait  de les aider financièrement. Mais il y avait si peu de moyens et tant à faire ….

Quand Fatou aperçut Moussa, son visage qui s’était éteint et fermé, ses yeux qui avaient perdu leur étincelle de vie, reprirent en cet instant toute la beauté et la joie d’une fillette. Elle laissa explosait ses rires de bonheur comme un feu d’artifice aux couleurs d’arc-en-ciel. Ils ne se quitteraient plus….

Ceci est ma participation à La photo du dimanche chez Avalon.

la photo du dimanche

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