Barjavel – Une rose au paradis

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une rose au paradis

Quatrième de couverture :

Une manifestation réunit, place de la Concorde, des millions de femmes enceintes venues dénoncer les effets de la bombe U. Le cataclysme se déclenche et la planète Terre est réduite à néant. Lucie, lune des manifestantes, échappe mystérieusement à la déflagration. Seize ans plus tard Lucie vit avec son mari et ses enfants dans un univers où le temps n’existe plus, où il suffit d’appuyer sur un bouton pour obtenir vêtements et nourriture.

Que s’est-il passé ? Qui est l’énigmatique Monsieur Gé que les enfants assimilent confusément à un Dieu ?

Mon avis :

Un coup de coeur !

Lucie est une jeune femme qui vend des machines à coudre en parcourant la France dans son autogire. Henri Jonas est un jeune homme très intelligent, génie de l’électronique et roi des bricoleurs. Ils se sont rencontrés alors qu’elle est tombée en panne avec son engin volant, un véritable coup de foudre. Lui, très timide, ce serait sa première expérience, elle un peu plus âgée prit les devants face à cet homme à l’âme d’enfant. « Elle avait connu quelques hommes, et vécu plus ou moins longtemps avec deux ou trois. Fugitifs ou temporaires, ils n’étaient pas particulièrement bêtes ni égoïstes, seulement comme tout le monde. Ils avaient passé ou vécu près d’elle sans être avec elle, l’avaient regardée sans la voir, entendue sans l’écouter, ils avaient parlé sans rien lui dire, passé sur elle comme un marteau-piqueur trépidant, si vite partis, le temps d’un oiseau, la laissant assoiffée, et grelottante comme si ce qu’ils nommaient l’amour n’était qu’un coup de vent d’hiver. Celui-là dont elle ne savait pas le nom, dont elle ne connaissait rien, celui-là n’était pas pareil, elle en était sûre ! …Quand il lui avait souri, elle avait vu, dans le bleu innocent de ses yeux, toute la fraîcheur d’une âme d’enfant (…) ».

Ils vivent dans un monde où une machine à coudre vous sort directement le pull tout fait, où des usines abritent du blé qui poussent en quelques jours qui sera ensuite récolté, broyé, pétri, cuit en quelques minutes dans le même lieu, où des usines à bestiaux polyvalentes reçoivent des vaches branchées de bout en bout pour y être nourries et aspirées, où des bombes sont achetées et disponibles dans presque tous les pays, les sociétés, les entreprises etc et qui risquent d’être produites très prochainement à la chaîne, ce qui accroîtrait les risques d’explosions accidentelles et de disparition de toutes espèces humaines, et, dans un trop grand nombre, la disparition de la Terre.

C’est lors d’une manifestation de femmes enceintes que Monsieur et Madame Jonas, elle-même enceinte et participante, disparurent.

Seize ans ont passé, Monsieur et Madame Jonas vivent avec leurs jumeaux dans un lieu, un univers inhabituel, avec un personnage secret, énigmatique, puissant, Monsieur Gé. S’en suivront des évènements qui risquent de faire basculer l’équilibre de vie établi… Lesquels ? Ils seront face à un choix à faire. Trouveront-ils le bon et s’entendront -ils ? Il vous suffira de lire cet ouvrage, je ne veux pas en dire plus ce serait dommage.

Cet ouvrage est un vrai coup de coeur pour la merveilleuse écriture de l’auteur que je trouve poétique, riche et limpide. On ne s’ennuie pas une seule seconde, il y a beaucoup d’humour, c’est frais, distrayant mais cela pose aussi les problèmes de notre grande évolution technologique et les limites à cerner avant la catastrophe. Il met aussi en avant le pouvoir de l’argent et ses dérives. Avec seulement cinq personnages, on entrevoit la naïveté, l’amour, la douceur, l’intelligence, le pouvoir, l’anticipation, l’instinct de survie, l’appartenance, l’opposition, l’identité, le soutien, l’innocence, la soif de savoir…

coup de coeur

Quelques citations :

« Oh le cher, cher petit oiseau blotti, qui n’avait jamais volé et avait peur ! Elle le rassura doucement, lui fit de sa main un nid puis un toit, puis un étui, puis le quitta pour ne pas l’effaroucher. Elle se recoucha sur le dos, conduisit jusqu’à sa veste de pyjama la main qui était dans sa main, et l’abandonna sur le bouton. La boutonnière était très large, le bouton glissa  tout de suite… C’était fait ! Il l’avait déshabillé !… (…) Quand il s’était retiré, ébloui et  reconnaissant du bonheur qu’il avait donné et de celui qu’il avait reçu, il l’avait laissée comblée et apaisée comme la mer ensoleillée, emplie dans toute sa chair de la splendeur des étés, celle dont sont gorgés les pêches et les blés. Et elle n’avait plus jamais eu froid ni soif ni peur de rien. Et lui s’était toujours approché d’elle avec le même émerveillement et la même douceur. »

« Un immense bouquet de mille fleurs diverses jaillissait hors d’un grand vase de Chine posé sur un tapis persan à personnages, au pied du mur de verre. Sous le tapis, la moquette épaisse avait la couleur, la douceur et la fraîcheur de la mousse. M. Gé s’approcha d’une rose rose aussi grande que lui, lui sourit, la respira en fermant les yeux de plaisir, posa ses lèvres sur ses lèvres, rouvrit les yeux et regarda Paris à travers les grappes jaunes d’une branche de cytise. Le soleil s’inclinait vers l’ouest dans une brume rouge, et glaçait de rose les toits de la ville biscornue, accroupies sur ses trésors. »

« On ne construit un monde imaginaire qu’avec des matériaux pris dans le monde connu. L’imagination, c’est de la mémoire passée à la moulinette et reconstituée en puzzles différents. Un être humain qui n’aurait uniquement été élevé dans du rouge, derrière des vitres rouges, ne pourrait jamais imaginer le bleu. Et Jim et Jif, malgré tout ce que leur racontaient leurs parents, surtout leur mère, ne pouvaient se faire la moindre idée de ce qu’étaient l’extérieur, l’espace. L’Arche était leur univers, leur univers avait des dimensions précises et une limite ronde : le mur dans lequel il était tout entier contenu. »

« Le parfum entrait par la porte toujours ouverte, en grandes bouffées rondes qui s’épanouissaient dans la pièce, coulaient vers Jif, se glissaient à l’intérieur d’elle à chaque respiration, l’emplissant de paix et de douceur. Elle resta quelques minutes à les respirer et à se détendre, dans un bien-être moelleux. Il lui semblait qu’elle ne pesait plus sur son lit, elle flottait, elle était légère et répandue, comme le parfum. »

Biographie :

René Barjavel, né le 24 janvier 1911 à Nyons (Drôme) et mort le 24 novembre 1985 à Paris, est un écrivain et journaliste français principalement connu pour ses romans d’anticipation où science-fiction et fantastique expriment l’angoisse ressentie devant une technologie que l’homme ne maîtrise plus.

Certains thèmes y reviennent fréquemment : chute de la civilisation causée par les excès de la science et la folie de la guerre, caractère éternel et indestructible de l’amour (RavageLe Grand SecretLa Nuit des tempsUne rose au paradis). Son écriture se veut poétique,onirique et, parfois, philosophique. Il a aussi abordé dans de remarquables essais l’interrogation empirique et poétique sur l’existence de Dieu (notamment, La Faim du tigre), et le sens de l’action de l’homme sur la Nature. Il fut aussi scénariste/dialoguiste de films. On lui doit en particulier les dialogues du Petit Monde de Don Camillo. Un concours de nouvelles de science-fiction se déroulant à Lyon porte son nom.

Cette lecture a été réalisée dans le cadre d’une Lecture commune. Vous pouvez retrouver les chroniques des participants en cliquant sur leur nom :

Valentyne

Chroniques Littéraires  (lien à venir)

KazuChan

Douceur Littéraire

LC

J’intègre cette lecture dans mon challenge « Les lieux imaginaires » chez Arieste

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mon challenge Petit Bac pour la « couleur » chez Enna

petitbac2013

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