Coupable ou innocent ?

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Coupable ou innocent ?

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Photo de XPeaceXloveXRawrX

Je l’avais rencontré la première fois en allant voir mon frère, qui purgeait une courte peine pour vol avec récidive. J’étais passée devant son box où il discutait avec une femme. Nos regards se sont croisés. J’ai senti comme une douce et sensuelle vague onduler sur tout mon corps puis un frisson chaleureux taquiner mes épaules, ma poitrine et mon bas-ventre. A cet instant j’ai su. J’ai su, en voyant l’étincelle dans ses yeux, que cet homme était différent. J’appris par la suite qu’il était en détention pour avoir assassiné une femme, sa femme.

Je venais de plus en plus souvent voir mon frère dans l’espoir de le croiser, ce qui des fois se produisait, et d’autres non. A chaque regards échangés, la chaleur se faisait plus intense, le feu jaillissait en moi. Ses yeux qui parcouraient mon corps était une caresse érotique, son sourire discret me disait des mots tendres et cette sensation durait en moi jusqu’au soir et parsemait mes nuits de rêves charnels. Jusqu’au jour où, ne sachant très bien pourquoi, je lui écrivis. S’en suivit une correspondance abondante, passionnante et passionnée. A travers toutes ses lettres, j’étais convaincue qu’il était innocent, je l’avais senti, toute son âme avait parlé et me l’avait dit . C’était une conspiration qui avait pris sa source dans sa belle famille, m’avait-il expliqué. Une erreur judiciaire scandaleuse avait été commise. Désespéré, il avait tenté d’en finir en parvenant à se procurer des comprimés qui circulaient avec une insolente facilité dans la prison. Pourtant il semblait fort, mais il était abîmé par ses années de détention. Son visage était d’ailleurs marqué, il semblait plus vieux qu’il ne l’était en réalité.Tout mon temps libre fut désormais consacré à rassembler toutes les pièces, tout le puzzle. Certains pensaient et me disaient que c’était peine perdue, d’autres s’inquiétaient, comme mon frère. Mais j’avais un autre regard, celui de la conviction. Après des mois d’investigations, des connaissances et de l’acharnement, je parvins à faire rouvrir l’affaire.

Dans la mesure où mon frère était sorti de prison, mes visites hebdomadaires n’étaient alors plus que pour cet homme, homme que j’aimais passionnément. Toute la cruauté et la perversité de l’assassin furent analysées et relatées sous toutes ses coutures et sans pudeur lors du nouveau procès. Suite à des semaines longues et éprouvantes, le jugement fut rendu et mon homme fut enfin relâché pour vice de procédure. Peu importe la raison pour laquelle il fut libéré, je savais qu’il était innocent, je savais profondément que cet homme était juste, humain et étranger à toutes ces inepties, ces horreurs proférées à son égard. Je n’avais qu’une hâte, le soigner, panser ses blessures ouvertes, suintantes et pullulantes de l’injustice qu’il avait subie.

Dès sa sortie, nous passions la soirée ensemble chez moi, il ne voulait pas voir le monde et était si heureux de pouvoir enfin savourer l’amour en toute liberté. Notre nuit fut à la hauteur de nos espérances, romantique tout d’abord, bougies et senteurs d’ailleurs nous enivraient de cette souple et lascive danse amoureuse. Puis violente  du désir intense et presque outrageux que le manque avait appelé. J’en avais eu même mal, mais ce mal je l’avais aimé. Après le charivari que nos deux corps avaient perpétré, se bousculant, se tordant, s’échinant dans le plaisir, j’allai prendre une douche rafraîchissante. Il me rejoignit et m’enlaça. Un coup fort sous mon sein gauche me fit gémir. Je sentis alors une étrange sensation. Parmi l’eau tiède qui coulait sur ma peau, un fluide plus chaud et épais vint se mêler. Je baissai la tête et vit à mes pieds comme une petite marre rouge qui fila ensuite vers le siphon de la douche. Ma main gauche se posa sous mon sein, je la regardai puis tombai à genoux. J’avais compris. Au loin j’entendis une espèce de rire diabolique qui m’accablait et me tuait peu à peu. Et soudain plus rien, le noir, le vide, le néant, l’infini réalité de ma mort. Machiavélique et funeste manipulation.

Ceci est ma participation au jeu d’écriture « Des mots, une histoire » n°87 proposé par Olivia, Désir d’histoires. Les mots imposés : fort – comprimé (médicament) – durer – conspiration – soigner – circuler – après – souple – certain(s) – autre – mesure – penser – vieux.

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