Alessandro Baricco – Soie

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soie

Vers 1860, pour sauver les élevages de vers à soie contaminés par une épidémie, Hervé Joncour entreprend quatre expéditions au Japon pour acheter des oeufs sains. Entre les monts du Vivarais et le Japon, c’est le choc de deux mondes, une histoire d’amour et de guerre, une alchimie merveilleuse qui tisse le roman de fils impalpables. Des voyages longs et dangereux, des amours impossibles qui se poursuivent sans jamais avoir commencé, des personnages de désirs et de passions, le velours d’une voix, la sacralisation d’un tissu magnifique et sensuel, et la lenteur des saisons et du temps immuable. 

Soie publié en Italie en 1996 et en France en 1997, est devenu en quelques mois un roman culte – succès mérité pour le plus raffiné des jeunes écrivains italiens.

Mon avis :

Hervé Joncour vit avec sa femme Hélène à Lavilledieu en France, nous sommes au 19e siècle. Son métier est d’acheter et de vendre des vers à soie, loin du militaire de carrière dont rêvait son père. C’est Baldabiou qui changea sa vie ainsi en transformant cette petite ville en l’un des principaux centres européens de sériciculture et de filage de la soie. Il alla tout d’abord en Afrique pour acheter ces oeufs, puis après une épidémie il partit encore plus loin, jusqu’au Japon. C’était une expédition risquée car clandestine, les japonais n’autorisaient pas à ce moment-là l’exportation des oeufs. Là-bas il découvrit une autre culture, d’autres visages, d’autres odeurs et le trouble, le trouble à la vue d’une jeune femme, « Hara Kei était assis sur le sol, (…) une jeune femme étendue près de lui, la tête posée sur ses genoux, les  yeux fermés, les bras cachés sous un ample vêtement rouge qui se déployait autour d’elle, comme une flamme, sur la natte couleur de cendre. Hara Kei lui passait lentement la main sur les cheveux : on aurait dit qu’il caressait le pelage d’un animal précieux, et endormi. » « Cette jeune fille ouvrit les yeux (…) c’était que ces yeux-là n’avaient pas une forme orientale, et qu’ils étaient, avec une intensité déconcertante, pointés sur lui. » De cet instant là tout fut différent. Des idéogrammes, une maquerelle, un rêve, un espoir…

Bien que la guerre éclata, après trois expéditions et des émotions à fleur de peau, il ne put se résigner à rester en France et il fit malgré tout le voyage, attiré irrésistiblement et invariablement vers ce pays et vers ces mystères. Ce fut sa dernière expédition.  Que se sera t’il passé ? Reviendra t’il ? Que trouvera t’il ?

Je ne peux en dire davantage ce serait vraiment dommage pour la découverte de ce fabuleux conte. Oui, un conte, écrit avec un style limpide, poétique, sans fioriture, une belle simplicité. Une histoire puissante et douce. Des personnages qui paraissent presque irréels, comme si l’on flottait tout au long de cette aventure, un enchantement. C’est la force, la beauté de l’amour comme la douceur de la soie qui glisse sur votre peau et vous réchauffe et des mots qui glissent sur le papier, comme les regards glissent sur la peau et vous enveloppent de cette chaleur, agréable et mystérieuse. Mais c’est aussi la douleur inexplicable, la souffrance du manque, les affres de lois ancestrales, la mélancolie et la part incontrôlable des émotions et des sentiments. Des oiseaux majestueux, des petites fleurs bleues…

J’ai été très émue par la force d’émotions déployée par ce petit livre de 142 pages, sans même m’en douter un instant. J’ai été prise au dépourvu, happée par cette histoire, intensément ébranlée par l’inattendu.

Je ne peux que vous conseiller cette lecture, un petit coup de coeur savoureux pour moi.

coup de coeur

Quelques citations :

« C’était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.
On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie. »

« – Une volière?
– Oui.
– Et pour servir à quoi?
– Tu la remplis d’oiseaux, le plus que tu peux, et le jour où il t’arrive quelque chose d’heureux, tu ouvres la porte en grand et tu les regardes s’envoler. »

« Mille fois il chercha ses yeux, et mille fois elle trouva les siens. C’était comme une danse triste, secrète et impuissante. Hervé Joncour la dansa très avant dans la nuit puis se leva, dit quelque chose en français pour s’excuser, se débarrassa comme il put d’une femme qui avait décidé de l’accompagner, et en s’ouvrant un chemin au milieu des nuages de fumée et des hommes qui l’apostrophaient dans leur langue incompréhensible, il partit. Avant de sortir de la pièce, il regarda une dernière fois vers elle. Elle était en train de le regarder, de ses yeux parfaitement muets, à des siècles de là. »

Biographie :

Alessandro Baricco (né le 28 janvier 1958 à Turin) est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien contemporain. Ses romans ont été traduits dans de nombreuses langues. Il vit présentement à Rome avec sa femme et ses deux fils. Biographie complète en cliquant ici.

J’intègre cette lecture au challenge « Romans cultes » de Métaphore, au challenge « Voisins, voisines » de Anne, et à mon challenge « A tous prix » pour le Prix des libraires du Québec.

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