Michael Robotham – Traquées

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traquées

Une femme nue chaussée de talons rouges se tient sur le parapet du pont suspendu de Clifton, le dos collé à la barrière de sécurité. Elle pleure, un téléphone collé à son oreille. A quelques mètres d’elle, Joe O’Loughlin, psychologue, s’efforce de la dissuader de sauter. « Vous ne comprenez pas », chuchote-t-elle avant de s’élancer dans le vide. Plus tard, Joe reçoit la visite de la fille de la victime, qui est convaincue que sa mère n’aurait jamais attenté à ses jours. Joe voudrait la croire…

Joe O’Loughlin a été amené sur cette scène bien malgré lui et se retrouve embarqué dans cette histoire mais il ne peut l’éviter, c’est plus fort que lui, il doit trouver la vérité. Il va alors faire appel à un vieil ami, Ruiz, ancien inspecteur à la retraite. Ce récit est réalisé à deux voix, celle de O’Loughlin et celle du tueur, un psychopathe, ce qui rend vraiment intéressant le déroulement de l’histoire, permettant d’avoir le ressenti et les impressions des personnages sous des aspects différents, une interaction.

Quels rapports le professeur aura-t-il avec Darcy, la fille de la victime ? Y-aura-t-il d’autres victimes ? Comment réagira l’entourage du professeur ? Comment se comporteront les familles des victimes ? Qui est ce psychopathe ? Qu’est-ce qui l’amène à agir ainsi ? Comment s’y prend-il ? fera-t-il des erreurs ? Et la police que fait-elle ? Qui aura le fin mot de l’histoire ? etc tant de questions auxquelles je ne répondrai pas bien entendu. Je ne veux rien dire de plus quant à l’histoire car pour un thriller je trouve que c’est bien dommage. J’aime à découvrir au fil des pages tout ce qui construit le roman autour d’une intrigue alors je ne veux pas l’enlever. Je préfère parler de mon ressenti, mes impressions.

C’est donc un très bon thriller, sans temps mort, mais je ne peux pas dire que ce soit un coup de coeur. Je suis peut-être exigeante en matière de thriller car j’adore ça et ce que je recherche dans ce genre de lecture, c’est d’être tenue par un suspens, ne pas m’ennuyer et être surprise, même décontenancée. J’ai tout eu sauf la surprise, la vraie surprise. J’ai trouvé tout assez prévisible, sauf une révélation en cours de lecture qui a été vraiment bonne et à pic, mais la fin, bien qu’elle soit très bien faite, ne m’a pas étonnée, et là c’est décevant. J’aime être bluffée, scotchée. Ce n’était pas vraiment le cas ici. Même si on est porté par les évènements et qu’on apprend beaucoup, aussi bien sur le passé des personnages que sur ce qu’ils sont, par exemple, il manquait quelque chose à mon goût.

C’est un roman qui est quand même très facile à lire, rapide et intéressant. Sur 640 pages en format Le livre de poche, c’est un très bon point. Les personnages y sont très bien dépeints et attachants. Le scénario se prêterait volontiers à une adaptation cinématographique, sans aucun doute. Ce que j’ai apprécié aussi, c’est ce qui est développé en parallèle de l’histoire et qui fait partie intégrante aussi du scénario, la psychologie et la philosophie. J’ai, à plusieurs reprises, fait des arrêts de lecture afin de me plonger dans des réflexions, ce que j’adore et en particulier sur le passage de la page 158, qui peut nous interroger, par exemple, sur les raisons qui fait qu’un être devient ou est un psychopathe, si on le remet dans le contexte de l’histoire.

  » – Que dire du sentiment de soi ? demande-t-elle. ça fait certainement de nous autre chose que des machines.

– Peut-être. Pensez-vous que nous naissons avec ce sentiment de soi, notre ego, une personnalité unique ?

– Oui

– Vous avez peut-être raison. J’aimerais cependant que vous envisagiez une autre possibilité. Et si notre conscience – notre sentiment de soi -, émanait de nos expériences – de nos pensées, de nos sentiments, de nos souvenirs ? Plutôt que de naître avec un plan prédéterminé, nous serions le produit de nos vies et le reflet de ce que les autres voient en nous. Nous sommes éclairés de l’extérieur plutôt que de l’intérieur. »

En conclusion, c’est un bon thriller, bien écrit, original quant à la décision d’une narration à deux voix, celle du professeur O’Laughling et celle du tueur (ce n’est pas une surprise de le dire. Après on ne sait pas qui il est.), sans temps mort, avec de belles réflexions, des personnages saisissants de réalisme, un psychopathe agissant dans les règles de l’art, mais trop prévisible concernant le déroulement des évènements, l’impact de l’investigation du professeur O’Laughling sur lui et son environnement, et le dénouement.

Quelques citations :

« Il m’a dit un jour que le truc à faire dans les affaires criminelles violentes, c’est de se concentrer sur un suspect, et non sur la victime. Je suis d’un avis contraire. En connaissant la victime, je découvre le suspect. Un meurtrier n’est pas toujours cohérent dans ses actes. Les circonstances, les évènements altéreront ce qu’il dit, ce qu’il fait. On peut en dire autant de la victime. Comment a-t-elle agit sous la pression . Qu’a-t-elle dit ? »

« Je me souviens de la première fois où je me suis introduit dans une maison par effraction. C’était à Osnabrück, en Allemagne, à quatre-vingts kilomètres environ au nord de Dortmund. La maison appartenait à un aumônier de l’armée qui conseillait ma femme ; il venait la voir pendant que je n’étais pas là. J’ai laissé le chien dans le congélateur, dans la baignoire et dans la machine à laver ».

Biographie : Michael Robotham est né en 1960 et est un ancien journaliste d’investigation qui a travaillé en Australie, en Grande-Bretagne et en Afrique. En 1993, il quitte le journalisme pour se lancer dans l’écriture de  biographies. Après le succès de Suspect, son premier roman, publié en 2005, il confirme sa place parmi les grands maîtres du thriller contemporain.

Cette lecture fait partie d’une lecture commune, vous pouvez donc aller lire les avis des autres participants :

Chroniques Littéraires

Jean-Charles

J’intègre cette lecture au challenge ABC Babelio 2013/2013 et au challenge Thrillers et polars chez Liliba

critiquesABC2013 polar et thriller

LC

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