Laurent Gaudé – La mort du roi Tsongor

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la mort du roi tsongor

« Dans une Antiquité imaginaire, le vieux Tsongor, roi de Massaba, souverain d’un empire immense, s’apprête à marier sa fille. Mais au jour des fiançailles, un deuxième prétendant surgit. La guerre éclate : c’est Troie assiégée, c’est Thèbes livrée à la haine. Le monarque s’éteint; son plus jeune fils s’en va parcourir le continent pour édifier sept tombeaux à l’image de ce que fut le vénéré et aussi le haïssable roi Tsongor.
Roman des origines, récit épique et initiatique, le livre de Laurent Gaudé déploie dans une langue enivrante les étendards de la bravoure, la flamboyante beauté des héros, mais aussi l’insidieuse révélation, en eux, de la défaite. Car en chacun doit s’accomplir, de quelque manière, l’apprentissage de la honte. Telle est en effet la vérité cachée, celle qui s’impose par-delà les élans du coeur et les lois du clan. Telle est peut-être l’essence même de la tragédie. »

Ce roman se découpe en 6 chapitres. Le premier explique comment le roi Tsongor a bâti son royaume fuyant celui de son père qui ne souhaitait rien lui léguer, avec l’envie rageuse de pouvoir faire quelque chose de bien plus grand et beau que lui. Pour y arriver il partira dans des conquêtes pendant 20 ans et le sang coulera à flots dans des guerres successives. C’est à son dernier combat « aux confins du monde » qu’il rencontrera Katabolonga, celui qui scellera son destin. Cet homme deviendra le porteur du tabouret d’or, ce qui signifie qu’il sera désormais l’ombre du roi, allant partout où il irait. Il détient le pouvoir de vie et de mort sur le roi, ce que ce dernier a accepté le jour où il a détruit le peuple de Katabolonga. Fatigué de toutes ses conquêtes, désormais il vit à Massaba, les guerres sont derrière lui et il règne sur son royaume « sa quiétude en dépendait ».

Il doit marier sa fille Samilia à Kouame. Mais rien ne se passe comme il aurait fallu. Sango Kerim, son fils adoptif parti à l’âge de 15 ans de Massaba, arrive pour prendre son dû lors « du début de la cérémonie nuptiale, la journée des présents », dû légitime de par le serment fait entre Samilia et lui. C’est alors que le roi mourut. Au deuxième chapitre, on suit son fils Souba, dont il l’a chargé de partir parcourir le royaume afin d’ériger sept tombeaux à l’image de son défunt père, et de choisir ensuite celui qui lui serait destiné et où il pourrait enfin reposer en paix. Ainsi il le protège de ce qui va inévitablement arriver. En attendant le roi erre comme une âme en peine dans son royaume et va être témoin de la guerre qui va éclater. C’est le troisième chapitre qui en parlera. Une guerre sans merci, que Samilia aurait pu empêcher et qui va entraîner les autres fils du roi Tsongor, Sako, Liboko et Danga. En parallèle nous suivons Souba, qui porte le voile du deuil évocateur de la mort du roi Tsongor. Je vous laisse découvrir les autres chapitres.

Cette histoire est riche, riche d’enseignement. A travers ce récit Laurent Gaudé nous parle de l’homme, l’homme aveuglé par son orgueil et son égo, qui le pousse à la folie guerrière. Il nous amène cette hystérie et cette démence petit à petit dans ce roman. Il nous raconte d’abord la fidélité, la loyauté, la famille, l’amour secret, puis le déchirement, la guerre, la prétention, la haine, l’horreur meurtrière, la lâcheté, la vanité et la désolation. C’est d’une extrême intensité avec une écriture superbe, qui vous saisit dès les premières lignes. Laurent Gaudé est un conteur merveilleux, qu’on lit avec gourmandise. Et à côté de cette violence et de cette tourmente, il y a la quête de Souba, qui parcourt lentement le royaume, dans le calme, la solitude et le silence. Ce qui ne l’empêchera pas d’être envahi d’un grand nombre d’incertitudes et de questionnements, ainsi que de la honte.

Ce roman soulève aussi le questionnement sur la réalité de nos liens, liens qui nous unissent à notre famille, et de ce que l’on reçoit de cette famille. Un héritage qui est au-delà du matériel, il s’agit de notre loyauté, notre fidélité, notre devoir. Mais au final quelle valeur a-t’il ? A quoi nous soumet-il ? Et pouvons-nous le contourner, le refuser ? Et dans quelle propension nous dirige-t-il ? Comment vivre avec un poids lourd qu’on ne peut éviter ?

Deux hommes qui veulent la même femme, une femme qui n’a pas su dire non, des hommes qui veulent le pouvoir, des hommes corrompus dans leur coeur et leur âme par cette envie dévastatrice et honteuse de conquérir terre, femme et peuple, ce goût du sang. Une femme qui porte tout le poids du malheur sur elle. Un père qui voit tout ce qu’il aimait s’effondrer. Un homme qui sera toujours là, même au-delà de la mort par loyauté et amitié. Des hommes qui ont oublié qu’ils s’aimaient. Un homme écrasé par le poids d’un héritage de honte. Un énorme coup de coeur pour ce roman qui en dit long sur la nature humaine.

Je remercie infiniment ma douce Asphodèle qui m’a offert ce livre, accompagné d’une magnifique carte, d’un carnet et d’un marque-page. MERCI j’ai été très touchée ! 😀

Je vous recommande bien sûr ce roman époustouflant !

coup de coeur

Quelques citations :

« D’autres années passèrent. Il se voûta peu à peu. Ses cheveux blanchirent. Il régna sur un royaume immense qu’il arpentait sans cesse pour veiller sur les siens. Avec toujours Katabolonga à ses côtés. Katabolonga qui marchait derrière lui comme l’ombre du remords. Il était le souvenir voûté de ses années de gerre. En l’entourant de sa présence, il lui rappelait sans cesse ses crimes et le deuil. Et jamais, ainsi, Tsongor ne pouvait oublier ce qu’il avait fait durant ces vingt années de jeunesse. La guerre était là, dans ce grand corps maigre, qui marchait à ses côtés. Sans rien dire. Et qui pouvait à tout moment lui trancher la gorge. »

« Samilia n’acheva pas sa phrase. Souba déjà l’étreignait de toutes ses forces. Les pleurs coulaient sur leurs visages. Et comme un fleuve en crue qui déborde de son lit et annexe, petit à petit, les ruisseaux alentour, ainsi, les larmes coulèrent dans le clan Tsongor, de Samilia à Souba, de Souba à Sako, de Sako à Liboko. Tous pleuraient, en souriant. Ils se regardaient les uns les autres, comme pour conserver à jamais dans leur esprit les visages de ceux qu’ils aimaient. »

« J’ai connu moi aussi, plus d’une fois, la douleur de la perte. Je sais le voluptueux vertige qu’elle procure. Il faut te faire violence et déposer le masque de pleurs à tes pieds. Ne cède pas à l’orgueil de celui qui a tout perdu. »

« C’est dans la nuit noire de Massaba que Danga et son escorte de cinq mille hommes quittèrent la ville. Les grandes murailles crurent à une manoeuvre nocturne et ouvrirent les portes en souhaitant bonne chance aux rebelles. L’hémorragie du clan Tsongor avait commencé. Et le vieux roi, dans son tombeau solitaire, poussa un long gémissement d’entrailles que seules les colonnes des caves entendirent. »

Biographie :

Laurent Gaudé, né le 6 juillet 1972 dans le 14e arrondissement de Paris, est un écrivain français lauréat du Prix Goncourt en 2004 pour son roman Le Soleil des Scorta. biographie complète ici.

J’intègre cette lecture au challenge Un mot, des titres de Calypso (le mot était ROI), le challenge Les lieux imaginaires d’Arieste et à mon challenge A tous prix, pour le prix Goncourt des lycéens 2002.

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