Repos salutaire

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Lorsque son moral n’était pas au beau fixe, il venait s’étendre sous ce noyer, les yeux fermés, le reste de ses sens en éveil. Il suffisait qu’il arrive dans cet endroit paisible pour que toute la grisaille qui lui embuait l’esprit se dissipe progressivement. Le voile de ses ennuis se levait, son coeur malade guérissait pour l’espace d’un instant. C’était une énigme pour lui. La tranquillité ? La solitude ? Le temps à l’arrêt ? Peu lui importait, il était en osmose avec ce royaume théâtral. L’écureuil grignotait dans les branchages. Il le discernait rien qu’aux bruits distinctifs de ses petites dents sur la noix et ses petits pas griffés sur le bois. Il les avait toujours reconnus. Il s’imaginait son pelage roux, blanc dans la chaleur de son ventre, ses yeux ronds et vifs, sa queue ébouriffée. Les oiseaux piaillaient d’un chant printanier, s’ébrouaient et s’émoustillaient. La brise sifflait cette mélodie douce, les feuilles dansant sur cette vague ondulante. Les nuages couraient dans le ciel, il pouvait les imaginer au travers de ses paupières closes. Le soleil peinait à écarter de ses rayons sa couverture blanche et cotonneuse.

Ce retranchement, il pouvait tout aussi bien le faire l’hiver, quand la neige avait recouvert de sa blancheur immaculée la prairie et son arbre. Celui-ci paraissait alors porter tout le poids que lui ne pouvait plus, comme pour l’épauler dans cette dureté de la vie et ses vicissitudes. L’automne, c’était le sentiment qu’on lui arrachait avec compassion toutes ces tumeurs personnifiées. Elles s’envolaient comme les feuilles du noyer lâchent prise, virevoltent, tombent et s’éteignent, lassent d’avoir vigoureusement ornées leur hôte de leur vitalité. Et l’été, il allait puiser sa force comme l’arbre va chercher dans la profondeur de la terre toute l’eau dont il a besoin et s’enraciner avec aplomb.

Ce repos salutaire sous son vénérable noyer le purifiait de cette odeur de vie nauséabonde qui l’entourait. Tous ces gens sentaient la rancune, l’aigreur, l’égoïsme. Il lui fallait se laver de cette crasse qui lui collait à la peau et dont il ne voulait pas qu’elle s’incruste. Par habitude et par négligence, on peut se retrouver être un autre et ne plus se reconnaître dans le miroir. Le reflet nous éblouit tel un feu ardent et brûlant, qui nous consume en un instant. La poésie des lieux était un contraste absolu avec cette société qu’il abhorrait. C’était sa source de vie, sa source d’espoir, sa source de pérennité.

Ceci est ma participation au jeu d’écriture d’Olivia « Des mots, une histoire » 96. Les mots proposés : vénérable, noyer (l’arbre), grisaille, théâtral, royaume, malade, arriver, énigme, abhorrer. Toutes les participations en cliquant sur le lien ou le logo dès vendredi matin.

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