Claire Keegan – Les trois lumières

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les trois lumières

Dans la campagne irlandaise, une fillette est confiée pour quelques temps à un couple sans enfants. Livrée à elle-même, l’enfant pénètre jour après jour un monde étranger, où elle découvre l’innocence et la tendresse de l’été. Peu à peu, des liens se tissent, chacun apprivoise l’autre et les ombres secrètes de sa lumière. Pourtant, certains détails intriguent la fillette… {quatrième de couverture}

Je suis dans un livre de presque 500 pages et je me suis accordée une petite pause dans l’après-midi avec ce court roman (88 pages). Bien m’en a prit, c’est un véritable condensé de tendresse, de sentiments et de simplicité que le livre de Claire Keegan. Un coup de coeur, une nouvelle fois, et le contraire m’aurait étonné. Pas autant que pour Les demeurés de Jeanne Benameur que j’ai chroniqué cette semaine et qui m’a complètement séduite par la beauté de sa plume et son histoire, mais pas loin !

Irlande. Une famille nombreuse. Des problèmes d’argent. Des dettes. L’alcool. Une nouvelle grossesse. Une des enfants, la narratrice, est alors confiée, pour l’été afin de soulager la mère, à un couple de fermiers vivants au bord de la mer. Au moment de repartir, son père s’en va sans même lui dire au revoir, sans même lui dire quand il reviendra et en oubliant même de lui laisser sa valise. Sa mère passe son temps à s’occuper de la maison, des enfants, des ouvriers de la ferme, de payer les dettes et cetera « Elle dit que vous pouvez me garder aussi longtemps que vous voulez ». Et peu/pas de temps pour l’affection.

Bien que méfiante au départ et peu habituée à ce qu’on s’intéresse à elle, elle va peu à peu s’attacher aux Kinsella. Surprise d’être considérée autrement que comme un gouffre financier et des mains pour aider au travail aux dires de son père, la fillette se sent être dans une maison qui est très différente de la sienne. Ici on prend le temps et, surtout, la maison est emplie de tendresse et d’amour. Un couple brisé par les épreuves de la vie et qui a de l’amour à revendre. Des personnes d’une grande gentillesse et d’une attention particulière. La fillette peut respirer à pleins poumons le bon air de l’Irlande, peut partager avec Kinsella des moments de joie au bord de la mer comme avec un père, peut participer aux tâches de Mrs Kinsella avec intérêt et goût, et avec toute l’attention, la douceur et la tendresse de cette femme. C’est ainsi qu’elle apprend qu’elle peut être aimée et choyée.

Mais c’est l’heure de la rentrée et sa mère a accouché. Il est temps de rentrer. Un déchirement. Le temps d’un été à jamais gravé dans sa mémoire. L’amour donné par pure générosité. Une famille de coeur.

Un roman lumineux, tendre, nostalgique. Un roman écrit avec une belle poésie. Une fluidité et une simplicité agréables. Un roman qui nous parle en filigrane de la misère, de l’alcool ravageur, de la perte. Un roman empli d’amour et de tendresse. Un roman déchirant qui nous amène peu à peu à des émotions intenses et contradictoires. On peut pleurer de joie comme de peine dans cette histoire… Est-ce mieux de connaître l’amour « familial » véritable le temps d’un court été, pour en garder quelque chose d’unique mais qui amène aussi bien des sentiments de joie intense pour ce vécu, que des sentiments de tristesse et de déchirement causés par la séparation ? Ou bien rester dans l’ignorance ? Je crois que pour apprécier la vie, il faut savoir garder le meilleur et voir toujours le bon côté, sans ignorer qu’une pièce a toujours deux faces. Et qu’on n’a pas toujours et le plus souvent le meilleur. Mais au moins, aussi court soit le moment qu’a vécu cette fillette, elle sait désormais qu’elle est aimée et qu’elle aime, elle sait qu’elle est. Et son coeur s’est rempli d’amour, de tendresse et d’affection. Elle a vécu un moment comme tout enfant devrait pouvoir vivre. Un cocon familial chaud et doux.

Je vous le recommande bien évidemment !

coup de coeur

Quelques citations :

« Là où il y a un secret, dit-elle, il y a de la honte, et nous n’avons pas besoin de honte. »

« Dès qu’il la prend, je me rends compte que mon père ne m’a jamais tenu la main, et une partie de moi voudrait que Kinsella me lâche pour que je n’aie pas à éprouver cette sensation. C’est une sensation pénible mais progressivement je m’apaise et ne me préoccupe plus de la différence entre ma vie à la maison et la vie que j’ai ici. »

« Kinsella libère ma main et je dégringole le versant de la dune en direction de la mer noire qui déferle, sifflante. Je cours vers les vagues écumeuses pendant qu’elles reculent et me sauve en hurlant dès qu’une nouvelle se fracasse. Lorsque Kinsella me rejoint, nous quittons nos chaussures. Par endroits nous marchons de front, à la limite de la mer qui griffe le sable sous nos pieds nus. A un moment nous entrons dans l’eau et lorsqu’elle lui arrive aux genoux il m’installe sur ses épaules. »

Biographie : Claire Keegan est une écrivain irlandaise, née en 1968 dans le Comté de Wicklow, en Irlande.

J’inscris cette lecture dans le challenge de Philippe pour Nombre, chiffre, dans le challenge Petit Bac 2013 d’Enna et dans le challenge Voisins, voisines de Anne.

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