Gaëlle Josse – Nos vies désaccordées

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nos vies désaccordées

« Avec Sophie, j’ai tout reçu, et tout perdu. Je me suis cru invincible. Je nous ai crus invincibles. Jamais je n’ai été aussi désarmé qu’aujourd’hui, ni plus serein peut-être. »

La musique de nos vies parfois nous échappe. Comment la retrouver ? Ceci est une partie de la quatrième de couverture que je n’ai pas mise dans son intégralité, dévoilant à mon sens trop d’éléments.

Lorsque François, le narrateur, apprend par hasard où se trouve Sophie, il décide de tout plaquer, d’annuler un concert très important, pour aller la rejoindre en laissant derrière lui sa nouvelle compagne, Cristina. « Je me suis enfermé dans un silence compact, infranchissable, assommé par la déflagration qui venait de se produire. La nuit fut brève, confuse, assiégé par trop d’images. J’ai pris la route avant le jour. » Il ne savait pas jusqu’à maintenant où elle se trouvait, l’ayant abandonnée. Elle se trouve dans un endroit qu’il n’aurait pu imaginer, surtout pendant tout ce temps-là. C’est alors qu’en chemin et avant de tenter de la voir, il se remémore leur histoire, en analysant sa vie, son travail de pianiste, son comportement… C’est une complète introspection que l’auteur nous dévoile sur cet homme blessé, angoissé et amoureux.

Peu à peu dans le récit de son histoire François se rend compte à quel point il a pu avoir une réaction nombriliste, égocentrique de par sa jalousie dans leur relation « J’aurai voulu la soustraire aux yeux du monde, la condamner à vivre et à peindre pour moi seul. La nourrir de mes mains, de ma parole et de mon seul souffle. Je lui imposais des scènes désolantes dont le souvenir m’obsède aujourd’hui (…) », ainsi qu’une attitude totalement lamentable en fuyant après un événement tragique qui bouleversa leurs vies. D’ailleurs que fuyait-il exactement ? La peine et les difficultés de Sophie ou bien alors sa propre peine ? Ou peut-être encore bien les deux ? Pourtant leur amour était absolu, un amour pur, sincère. « Ce départ précipité fut un choix simplement désastreux. (…) J’ai réalisé ensuite qu’on entend uniquement ce qui nous convient ou nous rassure. » Deux âmes solitaires, deux âmes blessées, deux sensibilités qui se rencontrent.

Mais dès lors qu’il pourra enfin toucher l’espoir de la rencontrer et de pouvoir changer ce qu’il avait laissé derrière lui, c’est-à-dire l’abandon, il s’engagera à ne plus jamais la laisser quoiqu’elle décide. Il sera proche, sera là pour elle, fera tout pour lui redonner la confiance qu’elle n’avait plus : c’est sa volonté. Cette femme qui l’avait tant attiré lors de leur première rencontre, cette femme qui lui avait donné le vrai goût de l’amour, cette femme avec qui il partageait la musique avec Schumann, cette femme artiste qui dégageait une telle sincérité, une telle fraîcheur… « Sophie. Mon vertige. Mon ivresse. » « Elle m’avait apprivoisé sans rien exiger, décuplant sans le savoir un insatiable désir d’elle. Sophie. Ma danse. »

On rencontre aussi Sandro, musicien qui fit connaître Sophie à François et Zev, le luthier. Des personnages qui ont un passé commun en tant que victime de l’histoire et qui par leurs sensibilités, leurs blessures seront les personnes les plus proches de Sophie. Des âmes blessées, tout comme François lui-même, c’est aussi ce qu’il apprendra d’eux dans son histoire avec Sophie et de lui-même dans son introspection.

Ce roman musical nous parle des peurs, du passé, des épreuves mais aussi de l’amour et de la musique donc ! Une histoire tout en émotion, d’une grande sensibilité et d’un espoir infini. Cet homme qu’on pourrait presque détester au départ (je dois dire que je l’ai détesté d’ailleurs tant il puait l’égocentrisme), on le voit se transformer, de sa carapace se fendiller et découvrir un homme fragile, seul, seul face à lui-même, seul face à son enfance, seul face à ses erreurs et qui n’attend qu’à aimer et être aimé. Un homme qui pouvait paraître égoïste et lâche dans ses relations passées et avec Sophie mais qui en réalité voulait se protéger. Je crois que souvent quand on se protège on peut faire du mal malgré nous… Un homme qui a parfaitement réussi sa vie professionnelle grâce à sa passion et son don pour la musique mais qui n’avait pas su accorder l’instrument principal de la vie qu’est son coeur, avec ses blessures, ses trous béants. La trace de Sophie retrouvée il déposera le manteau de ses peurs pour être à ses côtés et l’aider.

Je n’avais pas accroché tout de suite, car cet homme je le trouvais très antipathique. La poursuite de ma lecture a été bien meilleure et au final j’ai beaucoup aimé ce roman. Etrangement ce que j’ai préféré dans le style d’écriture à proprement parlé, ce sont toutes les parenthèses en italiques en fin de chapitres, qui sont à mon goût bien plus poétiques. Si tout le livre avait été écrit de cette façon, surement cela aurait été un coup de coeur, mais là non, il me manque le petit truc. Cependant je vous le conseille !

Citations :

« Malheur à celle qui s’aventurait, innocente ou non, au-delà d’une ligne invisible que je considérais comme tacitement acceptée, et dont le franchissement scellait aussitôt on sort. A dire vrai, je ne rompais presque jamais. Je me montrais évasif, lointain, injoignable, occupé. Très occupé. Je laissais à l’autre le soin de prendre la décision que lui dictait son amour-propre ou sa colère, ou sa déception. Quand j’y songe, je me dis que je n’aimerais pas trop rencontrer un type comme moi. »

« Elle avait commencé par résister. Puis elle a rendu les armes. Elle a prêté son corps à tous les jeux qu’il lui avait murmurés. Tout entière immergée dans la lave brûlante des Kreisleriana, elle l’écoute jouer pour elle seule, et se perd dans les flots légers et volubiles de l’Arabesque. Il a ouvert des portes sur d’infinis mystères. Elle, assise à terre, les genoux sous le menton. Muette. En larmes. Il s’interrompt, plus ému qu’elle. Il la console, la fait rire, l’apaise. Il l’embrasse au coin des yeux, là où la peau est la plus douce. « Tu peux jouer encore ? » Il tremble. Son rêve, au creux de ses mains. »

« Partout où cela était possible, j’ai joué. J’ai cru apporter la beauté, l’émotion, la joie, la paix. J’ai cru être un passeur, sincère et désarmé, et offrir tout l’amour dont j’étais capable. Enchanteur et démiurge, servant et officiant. Illusion ! »

Biographie : Gaëlle Josse est un écrivain français née le 22 septembre 1960. Études de droit, de journalisme et de psychologie, quelques années passées en Nouvelle-Calédonie. Elle travaille actuellement comme rédactrice dans un magazine et pour un site Internet à Paris.

Ce livre est un Livre Voyageur proposé par Fransoaz que je remercie infiniment pour cette très belle découverte et pour avoir fait voyager ce livre. Je remercie aussi Galéa de Sous les galets sans qui je n’aurais pu avoir connaissance de ce voyage ! Ce livre est chez Au petit bonheur puis ira ensuite chez Asphodèle. Si cela vous tente !

Retrouvez l’avis de Sous les galets ICI. et l’avis de Franzoas LA.

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