Simonetta Greggio – Les Mains nues

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les mains nues

(Pas de quatrième de couverture cette fois-ci, je la trouve trop suggestive. D’ailleurs j’éviterais peut-être à l’avenir de les mettre. A voir.)

Emma, à l’aube de la cinquantaine, est vétérinaire. Femme solitaire qui a perdu son amour. Il l’a abandonné il y a de cela 20 ans, pour une autre femme. Elle s’est alors donnée corps et âme à son métier, initiée par Thomas d’Aurevilly, devenu son vieil ami. Annie est proche d’elle aussi, sa seule amie depuis, qui a elle-même vécu un amour douloureux. Et un jour, Giovanni, dit Gio, débarque. Elle ne l’a pas vu depuis une dizaine d’année. Il a bientôt 15 ans, a fugué et est venu se réfugier chez elle. C’est alors que le passé resurgit, rouvrant les plaies qui ne furent pas tout à fait cicatrisées. Elle repense à Raphaël, à Micol, à Gio qu’elle a connu bébé et petit enfant, et aux jumelles. Des beaux souvenirs, mais des souvenirs douloureux, la mélancolie et la nostalgie. Les regrets. Un rapprochement équivoque se profile entre Gio et Emma. Ils passeront tout l’été ensemble, avec l’accord cette fois des parents de Gio après qu’il soit retourné les voir.

Quatre ans après, Emma se remémore la venue de Gio, les conséquences sur son avenir ainsi que les années passées depuis qu’elle avait rencontré Raphaël. Un va-et-vient du présent au passé, de ses souvenirs avec Raphaël, à ses souvenirs auprès de D’Aurevilly « Le patron », à son enfance auprès de ses parents, la maladie de sa mère…. De vraiment belles évocations de son passé. Et puis un voile levé sur la dureté du métier de vétérinaire à la campagne, la solitude, la disponibilité, la dureté de certaines décisions etc.

Un court roman (152 pages en format poche) qui nous parle d’amour, d’enfance, de souvenirs, de trahison, de regret, de passion, d’amitié, de la vieillesse, de vengeance, de perte et de tabou. La plume de Simonetta Greggio m’apparaît toujours aussi belle, délicate et fluide. C’est une auteure que j’aime vraiment. Une histoire toute en pudeur, en poésie, en douceur et aussi en douleur. La douleur du passé, la douleur aussi des choses qu’on ne maîtrise pas. L’amertume. Le passé se mêle au présent, les sentiments se confondent.

J’avais eu un coup ce coeur pour Col de l’ange de Simonetta Greggio, je pourrais en avoir eu un pour celui-ci également mais je dirais seulement que je l’ai beaucoup aimé (même si quelque part c’est sans réelle importance). J’attends de lire encore ses autres romans. Ce qui me plait profondément chez cette auteure, c’est sa facilité à parler de choses lourdes toute en finesse, en délicatesse et en pudeur. La poésie de ses mots, les souvenirs doux de l’enfance d’Emma, ses amitiés profondes et rassurantes, tout cela concourt à apporter de la légèreté qui fait une lecture agréable bien que les sujets abordés puissent être dérangeants ou douloureux.

Je vous recommande chaleureusement ce très beau roman !

Citations :

« Je ne sais pas si cette photo je l’ai toujours quelque part ou si elle a été perdue dans les déménagements successifs, si elle est restée au fond d’un carton ou entre les pages d’un livre, ni si elle réapparaîtra un jour, mais c’est là, maintenant, que je voudrais la revoir et revenir un instant dans la peau de cette fille, dans cet habit lisse, étroitement ajusté, qui l’enveloppait, et ressentir à nouveau ce courage aveugle, cette virginité du mal. L’intrépidité, l’effronterie et la confiance mêlées. Il faudrait que j’explique à cette fille que quand on tient un amour on le garde, on le défend contre lui-même et contre les autres. Que les hommes sont lâches, fragiles et idiots. Qu’ils s’en vont avec la plus forte, et que leur faiblesse et leur orgueil les empêchent de revenir, même quand ils se sont trompés. Ce sont ses yeux, surtout, que j’aurais envie de revoir. Cette intensité. Leur chaleur brûlante comme celle d’une allumette en train de se consumer à l’intérieur d’un verre noir. »

« Je pouvais passer des heures assise devant la fenêtre du salon à regarder dans le vide. Une branche qui jetait son ombre sur la façade, un bout de lierre décroché qui se balançait, suffisaient à me maintenir dans un état suspendu – un calme si intense que j’étais, un temps, débarrassée de moi-même et de tout souci. J’ai toujours eu, depuis, cette capacité à m’abstraire de ce qui m’entoure à la faveur d’un minuscule bonheur. C’est peut-être pour ça que je n’ai jamais été atteinte par le désespoir, par la suite. Je pouvais replonger à souhait dans cette paix un peu autistique et entendre à nouveau les Variations Goldberg que maman jouait si souvent. »

« Il y a des voix qui sont comme des corps. Troublantes, affolantes, ou au contraire apaisantes, consolatrices. Celle de ma maman, basse et sombre, avec ses roulés un peu italiens. Celle de papa, émouvante, rude, timide, hésitante par moments, s’arrêtant sur un mot dont il n’était pas sûr. Quant à celle de Raphaël, il me suffisait de fermer les yeux pour l’entendre. Certaines inflexions aussi chaudes que des caresses. Certaines paroles dont je ne pouvais me souvenir qu’en frissonnant. On ne peut pas se coucher les oreilles quand les voix viennent de l’intérieur. »

 Biographie : Simonetta Greggio, née le 21 avril 1961 à Padoue en Italie, est une romancière italienne qui écrit en français. La suite ici.

Lecture commune avec L’or rouge, Lilou soleil et Denis.

J’inscris cette lecture au challenge Petit bac 2013 d’Enna, au challenge Littérature Francophone d’ailleurs de Denis.

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